La peur de transmettre ses blessures à ses enfants : quand la maternité réveille l’essentiel
- Natacha Piriou

- 18 déc. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 janv.
Devenir mère peut faire naître une joie immense… mais aussi réveiller des peurs profondes, parfois inattendues.
Parmi elles, une peur revient souvent, silencieuse et difficile à exprimer : la peur de transmettre à son enfant ce que l’on a soi-même vécu.
Peur de reproduire. Peur de mal faire. Peur que notre histoire laisse, malgré nous, des traces.
Si cette peur vous traverse, sachez une chose essentielle : elle n’est ni un signe de faiblesse, ni un échec. Elle est souvent le reflet d’une grande conscience et d’un profond désir de faire autrement.
"Ce que nous ne pouvons pas nommer finit par nous diriger." Brené Brown

Quand la maternité réveille l’histoire personnelle
La maternité agit comme un révélateur puissant. Elle remet en mouvement des mémoires anciennes, des émotions enfouies, des blessures parfois mises de côté pour continuer à avancer.
Elle peut aussi amplifier certaines peurs déjà présentes : peur de ne pas être à la hauteur, peur de perdre le contrôle, peur de mal aimer, peur de ne jamais faire « assez bien ».
Pour certaines femmes, elle provoque également une prise de conscience plus large : celle que la vie menée jusqu’ici (le rythme, les choix, les compromis, les rôles endossés, le travail) ne leur convient finalement plus.
Des situations du quotidien comme : un pleur, une colère, une fatigue intense, peuvent alors faire surgir :
une anxiété soudaine
une culpabilité disproportionnée
un sentiment d’insécurité intérieure
l’impression de ne plus se reconnaître
Ces réactions trouvent souvent leur origine dans les blessures de l’enfance, qui continuent d’influencer la vie émotionnelle bien après l’âge adulte.
Ce n’est pas l’enfant qui crée cela. C’est l’histoire émotionnelle qui se réactive… et parfois, un appel à vivre autrement qui commence à se faire entendre.
La peur de transmettre ses blessures : un signal, pas une fatalité
Avoir peur de transmettre ses blessures ne signifie pas que l’on va les transmettre.
Au contraire. Cette peur est souvent présente chez des femmes qui :
veulent faire autrement
souhaitent offrir plus de sécurité émotionnelle
cherchent à comprendre leurs réactions
refusent la reproduction inconsciente
La répétition se produit surtout lorsque l’histoire n’a jamais été regardée, nommée, apaisée.
=> Ce qui est mis en conscience change déjà de forme.
Comment les blessures se transmettent, souvent sans le vouloir
La transmission ne passe pas par les mots. Elle se joue surtout dans l’invisible du quotidien, à travers :
les réactions automatiques
le stress chronique
les émotions débordantes
l’hyper-contrôle ou l’hyper-adaptation
la difficulté à poser des limites ou à se respecter
Ces mécanismes sont souvent hérités d’un contexte où il fallait s’adapter pour se sentir en sécurité. Ils ne sont pas une faute.
Ils sont une stratégie ancienne, mise en place pour survivre, notamment lorsque l’on a dû être forte trop tôt, apprendre à tenir, à gérer, à ne pas déranger… mais devenue, avec le temps, parfois trop lourde à porter.
À cela s’ajoute parfois une dimension plus large : celle de l’histoire familiale et transgénérationnelle.
Des peurs, des silences, des modes de fonctionnement peuvent se transmettre de génération en génération, non pas par choix, mais par loyauté inconsciente, par répétition, ou simplement parce que personne n’a encore pu les mettre en lumière.
Ce qui n’a pas été dit, reconnu ou apaisé continue parfois de circuler. Non pour condamner… mais pour être enfin vu.
Le besoin de se reconnecter à quelque chose de plus vrai
Pour beaucoup de femmes, cette période fait aussi émerger un besoin profond : le besoin de se reconnecter à quelque chose de plus vrai.
Un besoin de sens. De cohérence intérieure. D’alignement.
Mais savoir comment y arriver n’est pas toujours évident. Les mécanismes du passé reprennent souvent le dessus : contrôle, culpabilité, oubli de soi.
Beaucoup de femmes constatent alors qu’en devenant mères, leur place de femme s’est peu à peu effacée. Le rôle de maman prend toute la place…au point de s’oublier, sans vraiment savoir comment retrouver l’équilibre.
Prendre soin de soi n’est pas égoïste
Prendre soin de son équilibre émotionnel, ce n’est pas se détourner de son enfant. C’est lui offrir un espace plus stable, plus conscient, plus sécurisant.
Apaiser son propre système nerveux, comprendre ses réactions, se libérer de ce qui déborde malgré soi, c’est déjà transformer la manière dont on est en lien.
=> Protéger les enfants commence souvent par prendre soin de soi.
Faire autrement commence par se choisir
Il ne s’agit pas d’être une mère parfaite. Il s’agit d’être une mère présente, consciente, humaine.
Quand une femme ose regarder son histoire avec douceur, sans accuser, sans rejeter, et qu’elle commence à se libérer des loyautés invisibles qui la maintiennent dans la culpabilité ou la peur de mal faire, elle change déjà quelque chose de fondamental.
Pour elle. Et pour son enfant.
Quand des femmes osent transformer leur histoire
Certaines femmes connues ont elles aussi mis des mots sur cette peur de transmettre et sur l’impact de leur histoire personnelle. Oprah Winfrey, qui a souvent évoqué les violences et l’insécurité vécues dans son enfance, explique combien le fait de comprendre et de travailler sur son passé a été essentiel pour ne pas le laisser définir toute sa vie. De son côté, Brené Brown, chercheuse et autrice, souligne que ce sont les blessures non reconnues, honte, peur, sentiment de ne pas être assez, qui se transmettent le plus facilement d’une génération à l’autre.
Leur message est clair : ce n’est pas le fait d’avoir été blessée qui marque une vie, mais le silence autour de ces blessures. La conscience, l’écoute et le travail intérieur transforment profondément la manière dont nous sommes en lien avec nous-mêmes et avec nos enfants.
Conclusion
La peur de transmettre son histoire est souvent le signe d’un profond désir de faire autrement.
Elle ne dit pas que vous allez reproduire.
Elle dit que quelque chose en vous cherche plus de conscience, plus de justesse, plus de vérité.
Lorsque l’on ose regarder son histoire avec douceur, lorsque l’on comprend ses réactions plutôt que de les juger, le passé cesse peu à peu de diriger le présent.
Faire autrement ne demande pas d’être parfaite. Cela commence souvent par un choix simple et courageux : ne plus se vivre uniquement comme une mère en survie, mais comme une femme entière, présente et consciente.
Si ces mots font écho en vous, c’est peut-être le signe qu’un autre rapport à votre histoire est possible, un rapport plus apaisé, plus stable, plus libre.
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